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  • Maxime Menanteau

Mise en mots, Mise en forme et Mise en scène de la peur

Distinguons d’emblée l’angoisse et la peur, et autorisons-nous à porter un autre regard sur celle dernière.

Cela nous dépasse, cela nous émeut, bouleverse, cela nous ramène parfois à nos propres peurs, à ce petit enfant sommeillant en nous, qui, tapit dans son lit, s'agite pour affronter les monstres qui se trouvent cachés dessous...A cette souris, qui "bien que ce n'est pas la petite bête qui mangera la grande", nous conduit, irrémédiablement à escalader cette première chaise qui se trouve à notre portée...pour assurer notre survie ? C'est irrationnel certes, comique pour le spectateur, terrorisant pour celui qui se trouve envahit de l'angoisse et qui se débat contre la peur, et tout autant profondément structurateur.



L’angoisse nous frappe sans que l’on n’en saisisse ni la raison, ni le sens : d’une expérience vécue mais non représentée. Elle se subit dans le corps, sans qu’on ne puisse la saisir dans la tête. Comme une chute sans fin, comme cette impression brève de tomber parfois, entre éveil et sommeil, qui ne pourrait plus s’arrêter. Elle entrave alors tout cheminement de la pensée, elle en rompt le cours, fige, paralyse, tue.


Tandis que la peur, en se « fixant » sur un objet, un animal, une personne, une situation pourrait encore permettre d’évacuer cette angoisse en dehors de nous, en lui donnant un visage, une forme…Tout autant de représentations contre lesquelles nous pourrions lutter, en la pensée peut reprendre son cours...


Dessinons l’hypothèse que la peur pourrait donner forme au limites du « jusqu’ou peut-on aller ». C’est une barrière protectrice contre laquelle on pourrait s’appuyer toujours plus, devant le vertige de l’angoisse. Si cette dernière est irreprésentable et pourtant tapie dans la profondeur de chacun, la peur, en se « fixant » sur un objet, un animal, une personne, une situation pourrait encore permettre de contenir cette angoisse. Un objet de la peur qui permettrait de fuir, de l’éviter, de se battre contre celui-ci, de l’apprivoiser pourquoi pas, de se jouer de lui…


Et peut-être bien qu'il y aurait finalement un sens à ce plaisir, parfois jubilatoire à regarder ces films d'horreur, ces jeux vidéos d'apparence ultra violente...Il s'agirait de s'identifier à cette victime, qui pourrait encore en survivre, tout autant que l'agresseur, dans une décharge des pulsions agressives...Tour à tour l'un, puis l'autre, les deux à la fois certainement, comme modalité de structuration d'une angoisse : celle d'être attaqué, ou celle inhérente à son désir inavouable d'attaquer. Profondément intime que la question de l'angoisse et de la peur...tout autant que totalement universelle. C'est la raison pour laquelle existent de grands archétypes universels à cette peur dans la figure de la sorcière, de l'ogre, du loup...


Alors pourquoi jouer à faire et à se faire peur ? A la crainte d’être perdu de vue, abandonné, succèdera le plaisir d’être retrouvé dans le cache-cache, « je t’ai trouvé ». Dans la terreur des contes, des films d’épouvante, les jeux-vidéo parfois, subsiste la possibilité encore de dessiner les traits de l’horreur. Ils permettent d’évacuer l’angoisse dans le cadre rassurant déterminé : « il était une fois », de leur caractère fictionnel…Et puis de toute façon, « c’est pour du faux » même si le héros auquel on pourrait facilement s’identifier triomphe toujours des méchants, après qu’ils soient morts 3, 4, 5 fois…


Pour conclure, soulignons que la peur est un moyen encore de dire, de partager objectivement l’angoisse dans ce qu’elle a de plus dangereuse, destructrice, et pourtant profondément subjective. Difficile de mettre des mots sur l’indicible de l’angoisse…c’est peut-être dans la dynamique créatrice de la relation, qu’on pourrait taire l’angoisse, apprendre à se jouer de la peur en jouant à avoir et à se faire peur.

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